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              Dispensaire des femmes
              Collectivité · 1978-1987

              Le Dispensaire des femmes ouvre ses portes à Genève à la mi-mai 1978, après une longue préparation, à l’initiative de Rina Nissim et de femmes issues du MLF, notamment du groupe « self-help ». Il s'agirait du premier dispensaire professionnel pour femmes en Europe. Inspiré des cliniques féministes et des free clinics américaines, il naît du constat que le corps, notamment médicalisé, est un lieu où s'exprime tout particulièrement l'oppression des femmes, dont le milieu médical traditionnel est donc un vecteur puissant. Il est conçu comme un collectif autogéré réunissant une quinzaine de soignantes (médecins, infirmières, sage-femmes, psychologues, naturopathes, etc.), toutes salariées. Il est installé dans un appartement de neuf pièces au 4, rue du Môle.

              Le Dispensaire propose des soins dans le domaine de la gynécologie et de la pédiatrie, notamment : consultations gynécologiques, contraception, tests de grossesse, accompagnement lors de la grossesse, préparation à l’accouchement, accouchement à domicile, pédiatrie pour les jeunes enfants, accompagnement psychologique. Les soins sont remboursés par l’assurance-maladie. Le Dispensaire ne pratique pas d’avortement, mais prodigue conseils et recommandations sur le sujet. Il est par ailleurs un lieu d’information et de prévention.

              Le Dispensaire se veut un lieu de soin pour les femmes qui renverse les dynamiques de pouvoir paternalistes du monde de la santé et qui propose un rapport non-stigmatisant à la santé sexuelle. En ce sens, il « démédicalise » au maximum les consultations : pas de blouses blanches, lieu accueillant et atmosphère décontractée, consultation à deux soignantes pour casser la dynamique de pouvoir médecin/patiente, recours à diverses médecines alternatives (phytothérapie, homéopathie, naturopathie, acupuncture…). Il prodigue une «médecine lente» centrée sur le dialogue et l’écoute et met en place une pratique d’auto-examens et d’examens en groupe, qui permet aux femmes d'acquérir un savoir médical et de se réapproprier leur rapport à leur propre corps. Le Dispensaire fonctionne selon un principe de partage de connaissances (au niveau des soignantes comme au niveau des usagères), via la formation continue et des groupes de parole et de réflexion. Il organise régulièrement des assemblées des usagères, pour discuter des problématiques auxquelles il fait face.

              Le Dispensaire rencontre un succès immédiat : en 1980, 2000 usagères le fréquentent, et l’équipe se voit obligée de refuser des demandes. Le dispensaire est discuté dans la presse et trouve un écho national et international : l’équipe participe à des congrès, accueille des visites de délégations de divers pays, et inspire des projets similaires à Zürich, à Bâle et à Berne, et à l’international. Malgré cela, il peinera toute son existence à trouver des subventions assurant sa stabilité financière.

              Le Dispensaire ferme en 1987 en raison de difficultés financières et de conflits internes. Lui succède le Centre de santé des femmes Rosa Canina, fondé par une partie de l’équipe du Dispensaire.